martedì, 14 ottobre 2008

A map of the world that does not include Utopia is not worth even glancing at.


Une carte du monde qui n’inclurait pas l’Utopie n’est pas digne d’un regard.

 

Eine Landkarte, auf der Utopia nicht zu finden ist, verdient keinen Blick.

 

Una carta del mondo che non contiene il Paese dell'Utopia non è degna nemmeno di uno sguardo.

 

Um mapa do mundo em que não aparece o país Utopia não merece ser guardado.

 

(Oscar Wilde)

 

 

Les utopies apparaissent comme bien plus réalisables qu’on ne le croyait autrefois. Et nous nous trouvons actuellement devant une question bien autrement angoissante: comment éviter leur réalisation définitive?

L’homme n’est homme que dans le mouvement qui le porte vers lui-même. « Utopie » rappelle aux hommes que le lieu parfait n’existe pas dans l’histoire, qu’il est ailleurs, irréductible à toutes les cités humaines, mais inconcevable en dehors d’elles, comme irréductible à tout autre est le lieu d’intériorité où les hommes s’affranchissent de leurs certitudes, s’indignent de leurs défaillances, renoncent au mirage du meilleur des mondes pour concevoir le projet d’un monde meilleur.

 

Le genoux ne me fait mal que lorsque j’essaie de marcher.

Allongée, je n’éprouve aucune douleur.

Je reste donc au lit et je rêve les yeux ouverts.

Mon enfance se détache de plus en plus clairement dans ma mémoire, comme si les années s’accumulaient sur toutes les autres époques de ma vie, en n’épargnant que le commencement.

Tout est net au lointain.

J’avais l’initiative des évasions, les après-midi d’été quand tout le monde reposait dans la maison, les volets clos, enfouis dans la profonde fraîcheur des chambres. On m’obligeait à me coucher ou, au moins, à passer deux heures allongée, les jours de canicule. Moi, je faisais semblant de dormir et quand tout bruit avait cessé, je sortais par la fenêtre, en invitant Adèle à me suivre. Pieds nus, pour ne pas nous faire entendre, nous traversions en grimaçant de douleur la cour pavée dont les pierres chauffaient à blanc sous le soleil. Nous entrions dans le verger, par une porte en bois, qu’on ouvrait avec mille précautions car elle grinçait à vous casser les oreilles et pénétrions dans le royaume interdit. Le verger bruissait d’insectes et d’effluves, on le voyait mûrir presque et s’épandre au soleil comme un pain à la chaleur du four.

La première tentation était le figuier, tout au fond du verger où en grimpant sur les branches lisses nous faisions fuir les lézards. Nous choisissions toujours les figues larmoyantes, déjà piquées par la langue des lézards, et dont le jus formait en coulant une larme claire au bout inférieur du fruit. La douceur chaude me remplissait la bouche et toute ma vie se concentrait dans cette sensation de bonheur, de paix, de satisfaction suprême que j’allais retrouver plus tard dans l’Amour.

Nous abandonnions vite le figuier, car ses feuilles rares laissaient passer le soleil qui nous mordait la nuque. Nous passions donc, les paumes chargées de figues, sous les voûtes fraîches de la vigne, nous prenions les grappes mûres en les détachant d’un coup sec et précis, là où la tige formait une enflure, comme un nœud fragile, nous nous asseyions dans l’herbe pour croquer à l’aise, entre les dents, les grains savoureux.

Deux grains de raisins et une figue.

C’était la règle.

Puis deux figues et quatre grains, et ainsi de suite.

C’était un festin en proportion géométrique.

Nous n’en pouvions plus.

Le ventre pesait sur mon corps comme un poids qui ne m’appartenait pas.

Les cigales, ivres de chaleur, faisaient vibrer l’air élastique.

Nous parlions garçons, poésie, j’éblouissais mon Amie de mes connaissances.

Je trouvais des rimes à tout et j’inventais des histoires.

Elle admirait mes poésies et savait que j’aurais été l’une de celles qui, tôt ou tard, auraient choisi le chemin de la liberté. Elle ne me l’a jamais dit, mais je n’avais pas de peine à le lire dans son cœur.

Elle n’a pas changé.

La vie éternelle ne laisse pas de traces sur les visages !  

Ces deux heures paraissaient sans fin, tant elles coulaient lentement, sous le temps de l’enfance.

Nous sautions la palissade, au fond du verger et nous nous trouvions sur une place, peu fréquentée, déserte à cette heure, où poussait l’herbe parmi les pierres du pavé.

C. dormait dans le grande silence, bercée par le chant des cigales.

Nous étions les seuls êtres vivants au milieu d’un village qui nous appartenait.

L’enfance nous pesait comme une honte. Le temps qui nous séparait encore de l’âge des adultes nous semblait immense et insupportable.

J’avais envie de pleurer, de rage et de désir.  

Pythagore disait que la vie est divisée en quatre périodes :

 

« L’enfance, jusqu’à vingt ans ; l’adolescence, de vingt à quarante ans ; la jeunesse, de quarante à soixante ; et la vieillesse, de soixante à quatre-vingts. »

 

J’ai perdu ma jeunesse à vingt ans, au moment où, selon lui, elle ne fait que commencer.

 

Le soleil est encore haut dans le ciel.

Et moi, je sens la même ferveur, la même audace qu’un jeune général avant sa première bataille.

 

 

SUR LE CHEMIN DE LA VIE
Gérard
LENORMAN

Sur le chemin de l'école,
Nous avions douze ou treize ans,
Cheveux blond et têtes folles,
Nous parlions comme des grands.
Nous avions la tête pleine
De jolis projets
Moi j'avais pour Madeleine
Un tendre secret.

Dites-moi ce qui m'entraîne,
Dites-moi d'où vient le vent
Où s'en vont ceux que l'on aime,
Dites-moi ce qui m'attend,
Où s'en vont ceux que l'on aime,
Dites-moi ce qui m'attend.

Sur le chemin de la vie
Nous nous sommes séparés,
Chacun son jeu, sa partie,
J'ai dépensé sans compter
Les amis, l'argent, les filles
Et puis mes vingt ans,
Je n'ai pour toute famille
Qu'un petit enfant.

Dites-moi ce qui m'entraîne,
Dites-moi d'où vient le vent
Où s'en vont ceux que l'on aime,
Dites-moi ce qui m'attend,
Où s'en vont ceux que l'on aime,
Dites-moi ce qui m'attend.

Sur le chemin de l'école,
Quand j'irai t'accompagner,
Je t'en donne ma parole,
Je saurai te protéger,
Je t'offrirai des voyages,
Une jolie maison,
Je t'apprendrai le langage
Des quatre saisons.

Dites-moi ce qui m'entraîne,
Dites-moi d'où vient le vent
Où s'en vont ceux que l'on aime,
Dites-moi ce qui m'attend,
Où s'en vont ceux que l'on aime,
Dites-moi ce qui m'attend.

http://www.youtube.com/watch?v=gRnH1CqgiPg

 

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postato da: Firouzeh alle ore ottobre 14, 2008 07:45 | Permalink | commenti
categoria:natura, poesia, vita, donna, morte, utopia, gérard lenorman
martedì, 14 ottobre 2008

« L’Utopie est l’anticipation des dominés sur la transformation des Sociétés. » 

Karl MANHEIM

 

 

Je suis persuadée que nous semblerons à la Postérité extrêmement bêtes.

Les hommes ne sont au-dessus ou au-dessous les uns des autres que par le plus ou moins de raison ou de moralité.

Ce qui m’a toujours paru funeste, ce n’est pas tant la coupure entre l’Intelligentsia et le Pouvoir, mais celle qui existe à l’intérieur même de l’Intelligentsia.

Tout cela est dans la nature des choses. Mais lorsque l’Intelligentsia est foncièrement divisée, l’espoir d’une Culture Spirituelle et d’un Progrès Intellectuel communs à Tous et durables s’évanouisse.

La conception de l’Intellectuel qui vit sur une île déserte, dans les catacombes, dans sa tour d’ivoire, de briques ou d’autre chose, ou encore sur un iceberg au milieu de l’océan, portant son talent comme le bossu sa bosse, suggère une série d’images certes séduisantes, mais qui dissimulent une vision romantique du créateur, stérile et mortellement dangereuse.

La raison et le sentiment sont toujours d’accord en moi pour me faire repousser tout ce qui veut nous ramener en enfance : en Politique, en Religion, en Philosophie, en Art.

Ma raison et mon sentiment combattent plus que jamais l’idée des distinctions fictives, l’inégalité des conditions, imposée comme un droit acquis aux Uns, comme une déchéance méritée aux Autres.

Plus que jamais je sens le besoin d’élever ce qui est bas et de relever ce qui est tombé.

Jusqu’à ce que mon cœur s’épuise, il prendra le parti du faible.

Tel est le rôle droit et facile d’une conscience qui n’est engagée par aucun intérêt personnel dans des intérêts de parti. Ceux qui ne peuvent en dire autant d’eux-mêmes auront certes du succès dans leur milieu, s’ils ont le talent d’éviter tout ce qui peut leur déplaire, et, plus ils auront ce talent, plus ils trouveront les moyens de satisfaire leurs passions. Mais ne les appelez point dans l’Histoire en témoignage de la vérité absolue. Du moment qu’ils font métier de leur opinion, leur opinion est sans valeur.

La Politique n’est qu’un ramassis de blagues écoeurant.

Elle n'offre rien de nouveau.

Son irrémédiable misère m'a empli d'amertume, dès ma jeunesse.

Aussi, maintenant, n'ai-je aucune désillusion.

Mais ce n’est pas en méprisant sa misère que j’en contemple l’étendue.

Je ne veux pas croire que cette Humanité dont je sens vibrer en moi toutes les cordes harmonieuses et discordantes, dont j’aime les qualités et les défauts quand même, dont je consens à accepter toutes les responsabilités bonnes ou mauvaises plutôt que de m’en dégager par le dédain, soit frappée à mort.

Que la Politique pense et dise ce qu'elle veut.

Qu'importent tels ou tels groupes d'hommes, tels noms propres devenus drapeaux, telles personnalités devenues réclames ?

Laissons-les à leurs appréciations critiques, puisqu’ils nous divise et nous arme les Uns contre les Autres ; ne demandons à personne ce qu’il était et ce qu’il voulait hier.

HIER tout le monde s’est trompé, sachons ce que nous voulons AUJOURD’HUI.

VOILA TOUT.

Je sais des âmes douces et, généreuses qui, en ce moment terrible de notre Histoire, se reprochent d’avoir aimé et servi la cause du faible. Elles ne voient qu’un point dans l’espace, elles croient que le Peuple qu’elles ont aimé et servi n’existe plus, parce qu’à sa place une horde de bandits, suivie d’une petite armée d’hommes égarés, s’est emparée momentanément du théâtre de la lutte. Ces bonnes âmes ont un effort à faire pour se dire que ce qu’il y avait de bon dans le pauvre et d’intéressant dans le déshérité existe toujours ; seulement il n’est plus là et le bouleversement politique l’a écarté de la scène.

Voilà pourquoi nous sommes malades et pourquoi mon âme est brisée.

La DEMOCRATIE est une chose qui ne s'impose pas, c'est une libre plante qui ne croît que sur les terrains fertiles dans l'air salubre.

Elle ne pousse pas de racines sur les barricades, nous le savons maintenant !

Elle y est immédiatement foulée aux pieds du vainqueur, quel qu'il soit.

C'est être fou de croire qu'on sort d'un combat avec le respect du droit humain.

Toute Guerre Civile a enfanté et enfantera le forfait.

Un fanatisme patriotique est le premier sentiment de cette lutte.

Je n'y vois rien de vital, rien de rationnel, rien de constitué, rien de constituable. C'est une orgie de prétendus rénovateurs qui n'ont pas une idée, pas un principe, pas la moindre organisation sérieuse, pas la moindre solidarité avec la Nation, pas la moindre ouverture vers l'Avenir.

Ignorance, cynisme, brutalité, voilà tout ce qui émane de cette prétendue Révolution Sociale.

Déchaînement des instincts les plus bas, impuissance des ambitions sans pudeur, scandale des usurpations sans vergogne, voilà le spectacle auquel nous assistons.

Et moi, je devrais voir ces choses avec une stoïque indifférence !

Je devrais dire :

 

« L'homme est ainsi fait ; le crime est son expression, l'infamie est sa nature ? » 

 

Non, cent fois non.

Je veux croire encore que l’Humanité compte dans son sein des HOMMES SENSES en grand nombre, et que ceux-là souffrent et rougissent de voir des bandits se parer de son nom.

N'a-t-elle pas un seul membre capable de protester contre les principes idiots, contre la démence furieuse ?

Quelle HUMANITE est là ?

Une Humanité qui a perdu l'Idéal ne se survit pas à elle-même.

Humanité n'est pas un vain mot.

L'Humanité est indignée en moi et avec moi.

Sa mort ne féconde rien et ceux qui respirent ses fétides émanations sont frappés du mal qui l'a tuée.

Nous avons à faire les immenses efforts de la fraternité pour réparer les ravages de la haine.

Nous mourrons tous vivants et tous chauds.

Je préfère cela à un hivernage dans les glaces, à une mort anticipée.

Et d'ailleurs, moi, je ne pourrais pas faire autrement.

Les grandeurs passées n'ont plus de place à prendre dans l'Histoire des hommes. C'en est fait des dieux qui exploitent les Peuples, c'en est fait des Peuples exploités qui ont consenti à leur propre abaissement.

 

 

« A map of the world that does not include Utopia, is not even worth glancing at for it leaves out the one country at which humanity has always landed, and when humanity lands there it looks out sees a better country set sail. Progress is the realization of utopias. »

 

« Une carte du monde qui ne comporte pas l’Utopie ne vaut pas qu’on y jette un coup d’œil, car elle néglige le seul pays où aborde toujours l’humanité. Et, quand elle y aborde, elle regarde autour d’elle, aperçoit une meilleure contée et fait alors voile. Le progrès est la réalisation des utopies. »  

Oscar WILDE

 

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postato da: Firouzeh alle ore ottobre 14, 2008 07:17 | Permalink | commenti
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